Âme, corps et esprit



Corps, âme et esprit : les trois dimensions de l'être humain

Parler de l'être humain comme corps, âme et esprit suppose d'abord de préciser le sens de ces mots. Notre vocabulaire moderne a en effet déplacé certaines de leurs significations. Le mot psyché, par exemple, évoque aujourd'hui spontanément la psychologie, alors que le grec ψυχή (psychē) possède un sens beaucoup plus ancien et plus profond : il désigne l'âme, la vie, le principe vivant de l'être.

La distinction entre corps, âme et esprit permet ainsi de considérer l'être humain sous trois dimensions intimement unies : sa réalité corporelle, son principe de vie spirituel et sa vie intérieure consciente et volontaire.

1. Le corps : sōma et corpus

Le corps est la dimension matérielle et sensible de l'être humain.

Le grec emploie notamment σῶμα (sōma), tandis que le latin utilise corpus.

Le corps nous inscrit dans le monde sensible. C'est par lui que nous voyons, entendons, touchons, agissons et entrons physiquement en relation avec notre environnement.

Mais un corps vivant n'est pas simplement un assemblage de matière. Il est animé. Cette notion nous conduit directement à l'âme.

2. L'âme : psychē et anima

Le grec ψυχή (psychē) désigne l'âme, la vie, l'être vivant. Le latin anima appartient au même champ de signification : le souffle vital, le principe qui anime.

Nous en avons conservé la trace dans notre vocabulaire :

anima → âme → animé → animation

Ce qui est « animé » est littéralement ce qui possède un principe de vie.

Dans la conception chrétienne de l'être humain, l'âme humaine n'est cependant pas seulement un principe biologique faisant fonctionner un organisme. Elle est spirituelle. Elle constitue avec le corps l'unique personne humaine et ne disparaît pas lorsque le corps meurt.

C'est pourquoi on parle traditionnellement de l'âme spirituelle et immortelle.

Le mot psyché doit donc être manié avec prudence. Dans le français contemporain, il désigne généralement l'ensemble des phénomènes psychiques : émotions, représentations, désirs, souvenirs, etc. Mais ce sens psychologique moderne ne doit pas être automatiquement projeté sur le grec psychē.

Dans son sens ancien, psychē nous conduit d'abord vers l'âme et la vie, et non vers la seule psychologie.

3. L'esprit : pneuma, spiritus et animus

La troisième dimension demande davantage de précision, car plusieurs vocabulaires se rencontrent.

Le grec πνεῦμα (pneuma) signifie d'abord souffle, vent, puis esprit. Le latin lui correspond généralement par spiritus, lui aussi construit autour de l'idée de souffle.

Nous avons donc deux grandes familles :

psychē → anima → âme / vie

pneuma → spiritus → souffle / esprit

Mais le latin possède également un terme particulièrement intéressant : animus — génitif animi.

Alors qu'anima renvoie principalement au principe de vie, animus peut désigner l'âme considérée dans sa vie intérieure : pensée, volonté, intention, disposition intérieure, courage, sentiment.

Cette distinction permet de comprendre ce que nous pouvons appeler ici l'esprit comme exercice des facultés de l'âme.

L'homme ne fait pas que vivre : il connaît, comprend, juge, choisit et veut.

On peut ainsi distinguer l'âme spirituelle elle-même et les facultés par lesquelles cette âme exerce sa vie consciente.

Parmi celles-ci, deux occupent traditionnellement une place supérieure :

  • l'intelligence, par laquelle l'homme connaît, comprend, raisonne et recherche le vrai ;
  • la volonté, par laquelle il choisit, consent, refuse et s'oriente vers ce qu'il reconnaît comme un bien.

À celles-ci s'articulent la mémoire, l'imagination, les représentations, les sentiments et l'ensemble de la vie intérieure.

Dans ce cadre, animus est particulièrement utile pour parler de cette dimension intérieure et intellectuelle sans confondre celle-ci avec anima, l'âme comme principe spirituel de vie.

4. Une distinction sans séparation

Il serait cependant trompeur d'imaginer trois êtres superposés à l'intérieur de l'homme.

Le corps, l'âme et l'esprit ne constituent pas trois personnes.

Le corps est le corps d'une personne vivante.
L'âme est le principe spirituel qui anime ce corps.
L'esprit désigne ici la dimension par laquelle cette âme connaît, comprend, veut, choisit et se tourne vers ce qui la dépasse.

On peut donc résumer cette lecture ainsi :

CORPS — sōma / corpus
La dimension corporelle et sensible de l'être humain.

ÂME — psychē / anima
Le principe de vie de la personne humaine ; chez l'homme, l'âme est spirituelle et immortelle.

ESPRIT — pneuma / spiritus ; et, sous l'angle de la vie intérieure, animus, animi
La dimension spirituelle et intérieure de l'homme, manifestée notamment par l'intelligence et la volonté.

5. Pourquoi notre vocabulaire moderne peut nous égarer

Une difficulté apparaît lorsque nous lisons ces termes anciens avec nos définitions contemporaines.

Aujourd'hui, psyché est presque devenu synonyme de « vie psychologique », tandis qu'esprit évoque souvent uniquement l'intelligence : « avoir de l'esprit », « avoir l'esprit vif », « esprit logique ».

Les significations anciennes sont beaucoup plus vastes.

Psychē nous renvoie à l'âme et à la vie.
Pneuma nous renvoie au souffle et à l'esprit.
Anima exprime ce qui anime et donne vie.
Animus nous conduit vers l'intériorité, la pensée, la volonté et les dispositions de l'âme.
Spiritus conserve, comme pneuma, cette extraordinaire proximité entre le souffle et l'esprit.

Ainsi, derrière ces mots apparaît une conception de l'être humain qui ne réduit celui-ci ni à son corps, ni à ses mécanismes psychologiques, ni même à son seul intellect.

L'homme est une unité vivante : corporelle par son corps, spirituelle par son âme, intelligente et volontaire dans l'exercice de ses facultés intérieures.

C'est dans cette unité que peuvent être comprises les trois dimensions : corps, âme et esprit.

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